Sommes-nous tous égaux face aux cours à distance ? Regards croisés sur le mode d’hybridation choisi par l’ISM

Quelques semaines avant la fin de l’année 2020, la ministre francophone de l’Education, Caroline Désir, annonçait la mise en place de l’enseignement hybride  pour le deuxième et troisième degrés du secondaire dans le but de diminuer les cas de la fameuse Covid-19.

Cette organisation consiste à passer la moitié des heures de cours à l’école (en présentiel) et l’autre moitié à la maison (en distanciel). À l’Institut Sainte-Marie de Pesche, les élèves passent une semaine entière en présentiel et celle d’après en distanciel mais ce n’est pas le cas partout. Par exemple, le collège Saint-Joseph et l’Athénée Royal de Chimay ont décidé que les élèves viendraient un jour sur deux à l’école. Effectivement, plusieurs situations sont possibles car chaque école est libre de décider du type de système mis en place en fonction de ses contraintes (élèves internes, cours pratiques en ateliers, classes en stage…). Soit toute la classe travaille en même temps en distanciel ou en présentiel, soit la classe est divisée en deux avec une partie des élèves en présentiel et l’autre en distanciel. Toutes ces méthodes comportent des qualités mais également de nombreux défauts.

Alors une question se pose : sommes-nous réellement tous égaux face à ces cours à  50/50 ? Quels sont les avis des élèves et des profs à ce sujet ?

Selon l’Office belge de Statistique, Statbel, 10% des ménages belges sont sans connexion internet. Certes ce chiffre est en baisse mais ces situations existent. Par conséquent, il est compliqué pour les enfants de ces familles de suivre les cours à distance.  On peut donc considérer qu’il y a une inégalité car les étudiants ne suivent pas les cours avec le même matériel ou la même connexion internet. En fonction du niveau socio-économique, certains élèves doivent travailler sur un vieux smartphone quand d’autres disposent d’un pc personnel.

Ainsi, démocratiser l’accès aux nouvelles technologies et au numérique est un des grands enjeux de cette crise sanitaire.

Conscient de cette inégalité, l’Institut Sainte-Marie propose de multiples solutions. Plus d’excuses pour les cours à distance ! Si vous n’avez pas de connexion internet chez vous ou qu’elle est instable, vous avez la possibilité de venir aux salles cyber de l’école et de suivre vos cours grâce aux ordinateurs, caméras et casques fournis sur place.

Si vous avez une bonne connexion mais que vous n’avez pas le matériel (pas d’ordi, pas de micro ou/et caméra du GSM cassée, etc, …), vous pouvez louer une tablette de l’école moyennant une  caution de 20 euros et un contrat de bon usage avec l’école, au cas où vous viendriez à l’abîmer.

Qu’en pensent les élèves ?

Après plusieurs semaines vécues en mode hybride, nous avons jugé utile de consulter quelques professeurs et élèves pour connaître leurs avis.

Faisons d’abord un petit tour du côté des élèves : comment se sentent-ils par rapport à ce système et quels problèmes rencontrent-ils ? 

Des réponses des élèves interrogés, il ressort que le système permet de progresser dans leurs apprentissages sans accumuler trop de retard mais implique une  surcharge de travail. En mode distanciel, certains professeurs empiètent sur d’autres cours et ne se rendent pas compte que la réalisation des tâches demandées prend plus de temps du fait que le contexte n’est pas le même. Les devoirs se font en autonomie, sans les explications et la guidance habituelles du professeur. Les élèves se sentent donc souvent seuls face aux cours sans trop savoir comment procéder.

 

 

Et du côté des profs ?

  • Quel est l’impact des cours à distance sur votre manière d’enseigner ? Qu’est-ce que vous en avez appris ?

Mme Graffin (prof de langues): Les premiers mois se déroulaient bien mais désormais, mon métier change et pas forcément en mieux. Beaucoup d’élèves sont en décrochage, certains ne vont pas bien. C’est difficile pour moi aussi car le travail devient plus administratif et moins social.

Mme Druart (prof de sciences): Préparer mes cours à distance me prend beaucoup de temps car ils étaient prêts pour être donnés en présentiel. Mais vu mon affinité avec les nouvelles technologies, les adapter n’a pas été désagréable. J’ai appris des techniques que je ne connaissais pas, j’ai pu sonder internet et beaucoup de sites pédagogiques qui proposaient des outils aux élèves. Finalement, j’ai appris beaucoup de choses moi-même.  J’aime aussi les visioconférences car c’est un nouveau contact. On n’utilisait pas ces plateformes de communication et finalement, on pourra les exploiter à l’avenir même sans virus dans les pattes. 

Mr Dutranoit (prof de Religion): Le système a transformé ma façon de travailler. Le distanciel demande une organisation et un travail en amont conséquent : il faut modifier les cours pour qu’ils soient adaptés à des travaux en autonomie et pour que les élèves aient des explications claires. Cela demande aussi d’arriver à garder le rythme. Dans mon cas, je suis une semaine à la maison et une semaine à l’école. Et en donnant des visioconférences depuis chez soi, on a toujours l’ impression d’être en décalage par rapport au rythme scolaire qu’on a habituellement.

  • Un système efficace sur le long terme ? 

Pour cette question, les professeurs interrogés  sont plus ou moins du même avis. Le présentiel à 100% reste pour eux le meilleur moyen de donner cours. Pour Mme Druart, le distanciel va permettre de travailler plus pour le présentiel, “pour aider les élèves qui perdent pied, pour leur donner cours ou pour les documenter”.  

Mr Dutranoit considère ce système une semaine / une semaine comme un moindre mal : “Par rapport au confinement de l’année passée où l’obligation scolaire n’existait pas, c’est plus efficace car les élèves travaillent tout de même. On essaie de permettre aux élèves d’apprendre dans les conditions les plus correctes possibles, sans les surcharger.”

  •  Quelles failles voit-on dans ce système ?

Mme Graffin : Les élèves manquent souvent d’autonomie, mais cela dépend bien sûr de leur âge et des classes et sections. Les élèves de général se débrouillent mieux que des élèves de sections professionnelles qui ont vraiment besoin qu’on les suive de près, et à distance ce n’est pas facile. 

Mme Druart: S’il est très chouette d’essayer d’expliquer la matière aux élèves différemment, il est désolant de voir que certains n’accrochent pas. On se pose toujours la question : “Comment essayer d’intéresser les élèves, comment leur permettre d’accrocher au cours et leur donner envie d’étudier ?” . Ce qui est également difficile, autant pour moi que pour les élèves, c’est de s’organiser et de se mettre au travail durant les semaines de distanciel. La motivation diminue au fil du temps.

Mr Dutranoit : D’abord, on ne peut pas savoir si les étudiants ont effectivement le matériel adéquat pour travailler : un accès à internet correct, à une caméra et à un micro. On ne peut pas les sanctionner pour cette raison. Nous sommes dans un système basé sur la confiance et celle-ci engendre inévitablement la possibilité d’abuser. 

La deuxième chose, c’est qu’il est compliqué de suivre l’élève correctement. 

Un élève qui ne voudrait pas travailler ne peut pas être forcé, quand il est en distanciel. S’il ne veut pas venir en visioconférence, il ne viendra simplement pas. S’il n’a pas de caméra, on ne peut pas vérifier s’il travaille, excepté quand on l’interroge. En revanche, quand l’élève est à l’école, le professeur peut faire preuve de son autorité pour inciter le jeune à ouvrir son cours ou faire ses exercices.  

L’évaluation est aussi un problème. Les examens de décembre ont étés supprimés pour que les étudiants n’aient pas trop de travail et finalement, on se retrouve avec des élèves qui travaillent presque tout le temps. Quand ils sont à l’école, ils ont des évaluations. Quand ils sont à la maison, certains ont tendance à se relâcher et doivent travailler deux fois plus quand ils sont à l’école pour récupérer le retard.

En conclusion, ni les élèves, ni  les professeurs ne sont à 100% satisfaits du système d’apprentissage hybride choisi par l’école. Les premiers se sentent débordés et pas assez suivis par rapport à leurs apprentissages ; certains perçoivent même une injustice entre les différentes filières par rapport à la répartition du travail. Les seconds se sentent frustrés car la pédagogie à distance ne produit pas les fruits espérés.

Espérons que les uns et les autres trouvent les moyens d’améliorer les conditions d’apprentissage puisque les écoles restent en code rouge au moins jusqu’à Pâques. 

Cette expérience de l’enseignement hybride démontre que, malgré toutes les avancées technologiques et pédagogiques réalisées  cette année par rapport au système du printemps 2020,  rien ne vaut le présentiel pour transmettre des savoirs.

Louane Sansen, 5GTB

 

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