L’Extrême-droite, plus dangereuse que le Coronavirus ?

Après mon article sur Auschwitz, je poursuis ma réflexion sur la Seconde Guerre mondiale et les extrémismes. Avec ma classe de 5GT, nous sommes allés au théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve assister à l’adaptation du roman d’Albert Camus, La Peste. Ce qui s’inscrit assez bien dans le contexte actuel. Mais comme vous avez sûrement déjà assez entendu parler de Coronavirus ces dernières semaines, je préfère vous parler des liens que peut avoir ce roman de Camus avec l’Allemagne des années 30 et 40.

La Peste d’Albert Camus, c’est avant tout l’histoire d’une petite ville en Algérie française dans les années 40. A Oran, on s’ennuie, il ne se passe rien qui sorte de l’ordinaire. Et pourtant, un jour, le docteur Rieux tombe sur un rat mort devant l’entrée de son cabinet. Au début, personne ne se pose de questions : un rat mort,même si c’est rare, ça peut arriver… Quelques personnes meurent, personne ne s’inquiète. Quand les morts d’une étrange maladie se font de plus en plus nombreux, il faut se rendre à l’évidence, c’est la peste qui sévit sur la ville. Premières mesures ? On ferme les portes et on met les malades en quarantaine… Mais la peste continue de gagner du terrain. Il faut résister !

Cette chronique résonne fort dans le contexte historique d’une Europe à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Par son roman, Camus a voulu raconter l’histoire du Nazisme en Allemagne et l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir. Les gens se voilent la face, disent qu’ils vivent dans un pays libre, que les Allemands ne sont pas capables de porter à leur tête le leader d’un parti fasciste. Et pourtant, en 1933, après avoir enchainé les résultats décevants pendant plusieurs années, le parti National-Socialiste fait un carton aux élections en Allemagne. Devant la montée de l’extrême-droite, la droite est contrainte de soutenir la nomination d’Hitler à la chancellerie. Les nazis sont au pouvoir et mettent en place une véritable dictature.

Comme la ville d’Oran qui ferme ses portes, l’Allemagne ferme ses frontières. Éteignant ainsi les rêves de liberté des plus insoumis de ses citoyens. L’Allemagne se retrouve donc isolée (même si elle lie une alliance avec l’Italie fasciste) entre l’Union Soviétique (qu’elle agresse après avoir signé un pacte de paix), la France et l’Angleterre. A l’instar de l’épidémie de peste à Oran, la politique raciste qu’Hitler mettra en œuvre coûtera la vie à des millions de gens.

Camus explique que les pestiférés sont cloîtrés dans des camps, comme les juifs enfermés dans des ghettos et des camps de concentration.Et quand les corps sans vie de pestiférés s’accumulent, on doit trouver une solution car le cimetière de la ville et les fosses communes utilisées jusque là ne suffisent plus. Pourquoi ne pas brûler les cadavres ? Utilisons des fours crématoires ! Réalité et fiction se rejoignent…

Finalement, l’objectif premier du roman est de mettre en garde contre un retour des idées fascistes au pouvoir. Aujourd’hui, l’Europe est plus que jamais tout près de tomber aux mains des partis d’extrême-droite, comme c’est déjà le cas en Autriche, en Pologne, en Hongrie…Et même dans des pays historiquement très peu touchés par ses idées depuis la fin de la guerre, l’extrême-droite est peu à peu banalisée, son discours s’est peu à peu invité à la table des discussions et on le considère malheureusement comme de plus en plus respectable.En France, beaucoup se souviennent de l’indignation quasi générale qu’avait provoquée l’arrivée de Jean-Marie Le second second tour de l’élection présidentielle de 2002. Et pourtant, 15 ans plus tard, la fille fait le double du score de son père… Dans la région allemande de Thuringe, l’extrême-droite a offert ses voix à la droite pour empêcher la gauche radicale de remporter le poste de ministre-président. Ce report de voix a provoqué un tollé tel que le candidat de la droite a dû démissionner sous la pression des critiques de l’opinion générale. Plus au sud, nous retiendrons l’attitude des garde-côtes grecs tirant à balles réelles sur les migrants, rejetés par la Turquie, tentant de rejoindre l’Europe devenue malheureusement une forteresse lugubre.

C’est pour tout cela que l’extrême-droite représente toujours, aujourd’hui comme dans les années 30, un grave danger pour la démocratie. On dit souvent que l’histoire se répète ? Eh bien, faisons tout pour que cela n’arrive plus jamais et usons en conscience de notre précieux droit de vote ! Je conclurai mon article par les phrases de Camus clôturant La Peste: « Écoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres que le bacille de la Peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. »

Lucien Mélon, 5GTA

La Peste, théâtre Jean-Vilar : https://atjv.be/La-Peste

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