“La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.” (John Stuart Mill)

Aujourd’hui, votre journal aimerait (re)définir avec vous ce qu’est la liberté d’expression. Une thématique largement abordée dans les médias récemment, suite au meurtre de ce professeur qui avait montré des caricatures du prophète Mahomet, en classe. 


Voici le rappel des faits : en France, à la mi-octobre, Brahim Chinina, le père d’une élève, accuse sur les réseaux sociaux un professeur, Samuel Paty, d’avoir montré des caricatures de Mahomet à sa classe lors d’un cours sur la liberté d’expression. Une plainte est déposée pour diffusion d’images pornographiques. Le professeur nie les faits et porte à son tour plainte pour diffamation.  Abdoullah Anzorov, aucunement lié,  prend cette affaire à cœur : pour lui la représentation d’un prophète est intolérable, même si cette règle n’a jamais été mentionnée dans le Coran. Au nom d’Allah, Nazarov tue le professeur lorsque celui-ci rentre chez lui. Il  poste ensuite une photo de la tête de Samuel Paty sur les réseaux sociaux, provoquant l’effroi. Cet événement, qui survient en même temps que le procès de l’attentat de Charlie Hebdo, va susciter de vives réactions en France : le rappel des principes de la laïcité par Emmanuel Macron, des marches de soutien au professeur, le renforcement de la sécurité des écoles, des opérations policières contre des individus faisant partie de la mouvance islamiste… Aujourd’hui, les choses s’enveniment : des manifestations ont lieu un peu partout dans le monde musulman, qui s’oppose au discours d’Emmanuel Macron dans lequel il explique qu’il ne renoncera jamais aux caricatures, au nom de la liberté d’expression chèrement gagnée à la Révolution française.

Mais pourquoi la liberté d’expression est-elle un sujet qui fâche? Possède-t-elle des limites? D’où nous vient-elle et comment a-t-elle évolué au fil du temps? Pourquoi est-elle si importante?  C’est ce que nous allons essayer de découvrir.

Bref retour dans l’histoire

La liberté d’expression permet d’exprimer librement ses opinions, ses idées et ses pensées. C’est un droit universel inscrit dans tous les Etats de droit. Elle remonte au temps des Grecs, où elle était garante de la démocratie. En effet, dans ce régime politique, il faut que les citoyens puissent exposer leurs idées, réflexions et pensées librement ; sans cela, il est impossible de créer de nouvelles lois et de se défendre en justice. 

En France, cette idée va germer au 18ème siècle avec le courant des Lumières. Mais, il faudra attendre la Révolution française pour qu’elle soit écrite dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Un siècle plus tard est proclamée la liberté de la presse. 

Aujourd’hui, de manière plus globale, l’Union Européenne protège la liberté d’expression. Nous devons ce droit fondamental aux hommes qui se sont battus pour l’obtenir. Malheureusement, encore aujourd’hui, dans certains pays, il n’est pas une réalité.                                                                                                                                                                                                                     

Comme vous l’aurez certainement compris, la liberté d’expression permet de vous exprimer librement sans craindre d’être persécuté, même si vous allez à l’encontre de la pensée dominante.

Mais peut-on réellement tout dire? 

Eh bien non ! Voici quelques exemples de ce que vous ne pouvez pas faire :

  • Employer la diffamation ou la calomnie, qui consiste à émettre des jugements sans preuves, peut être puni par la loi car chacun a le droit à la présomption d’innocence. Vous ne pouvez pas déclarer sans preuve que votre voisin est un tueur en série, par exemple.
  • Utiliser des propos qui portent atteinte à autrui sur des aspects tels que la couleur de peau, la religion, le handicap ou la sexualité est aussi puni par la  loi car cela engendre haine et discrimination.
  • Faire l’apologie du terrorisme et des crimes contre l’humanité est punissable par la loi car cela revient à nier le sort des victimes et à encourager la violence
  • Divulguer des informations d’ordre personnel est un non-respect de la vie privée.

En somme, une expression bien connue de John Stuart Mill résume bien tous ces principes : “La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.”.

Ces règles sont-elles les mêmes partout dans le monde?

Non, ces principes varient selon les pays car les régimes politiques, la culture et les valeurs morales et religieuses de la société fluctuent d’un endroit à un autre. Il est par exemple interdit de diffuser la photo de quelqu’un menotté en France s’il est sous présomption d’innocence, alors qu’aux Etats-Unis, ça ne pose pas de problème.

Il est à ajouter que le blasphème – le fait d’insulter une religion – est autorisé en France. En effet, les journalistes peuvent se moquer, critiquer les abus de pouvoir et  les excès de la religion. Les caricaturistes estiment que leurs dessins ont une vocation polémique et humoristique, ce qui permet des exagérations, des déformations et des présentations ironiques.  Dans le cas de Charlie Hebdo, journal à vocation ouvertement satirique, les caricatures sont jugées comme pouvant amener “un débat public”  et “le progrès dans les affaires du genre humain”.  

La liberté d’expression régresse-t-elle dans le monde ?

Même si elle n’est pas respectée partout, elle est globalement bien appliquée chez nous.

Le noeud du problème, aujourd’hui, est sur internet. Après le drame de Charlie Hebdo, la France a voulu lutter contre les abus de la liberté d’expression sur internet. Le rapport d’Amnesty International en dresse l’état de santé :  « La liberté d’expression est de plus en plus menacée, notamment par des violations découlant de nouvelles lois antiterroristes draconiennes et d’une surveillance de masse abusive. ». Pensons à Edward Snowden qui a dû fuir les Etats-Unis car il voulait divulguer des informations importantes sur l’usage que fait son gouvernement des données des utilisateurs sur internet.

Soyons tout de même positifs : à l’échelle de l’Histoire, nous n’avons jamais pu faire entendre notre voix aussi facilement. Il y a encore du chemin pour que tout le monde obtienne ce droit mais de nombreuses personnes et ONG  agissent pour cela aujourd’hui.

Méditons sur les paroles de Karl Popper  

La liberté d’expression est fondée sur le paradoxe de la tolérance selon Karl Popper : ce philosophe stipule que si nous tolérons tout, nous devons aussi tolérer l’intolérance. Malheureusement, l’intolérance finit par gagner sur la tolérance. Cela signifie que pour préserver la tolérance, il faut parfois être intolérant. Ce qui est un paradoxe.

En conclusion, nous pouvons voir qu’il est très difficile de se positionner:  Comment savoir quand la liberté d’expression est bénéfique et quand elle ne l’est plus? Il est vrai que les caricaturistes “poussent parfois le bouchon un peu trop loin”. Mais il n’est pas tolérable de tuer pour une divergence d’opinion car il existe bien d’autres moyens plus diplomatiques de parvenir à se faire entendre. La mort est un moyen barbare de faire taire son adversaire quand il n’y a plus d’autre moyen pour se défendre. Après, il est normal que les musulmans se manifestent, ils montrent qu’eux aussi sont libres de proclamer leur avis. 

Enfin, vous êtes libre d’exercer votre liberté d’expression dans les commentaires pour nous dire ce que vous pensez de cet article !

Anaïs Marsick, 6GTB 

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